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Messages aux hippies

26 août 2012

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Ha la guerre, un homme y a que ça qui le fait s’épanouir, je vais vous dire les potes:  » une journée où le sang n’a pas coulé est une journée sans soleil, yeah! »

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Messages à ces hippies se prétendant rebelle, un « court traité de la rébellion »  écrit par Ernst  Yunger qui sait de quoi il parle, il s’agit du seul écrivain philosophe ayant effectué les deux guerres mondiales…….

Dans son Traité du Rebelle, Ernst Jünger écrivait en 1951 : « Deux qualités sont indispensables au Rebelle. Il refuse de se laisser prescrire sa loi par les pouvoirs, qu’ils usent de la propagande ou de la violence. Et il est décidé à se défendre ». Dominique Venner ajoute, dans les pages de ce numéro : ce que de tout temps les rebelles ont eu en commun, « c’est d’avoir découvert par des voies différentes une incompatibilité absolue entre leur être et le monde dans lequel il leur fallait vivre ».
Le rebelle refuse en effet l’ordre que s’est donné le monde au sein duquel il a été jeté. Il le refuse au nom d’une légitimité excédant toute légalité. Il le refuse, parce que c’est en lui-même qu’il trouve la légitimité et la norme – non qu’il les calque platement sur ce qu’il est, mais parce qu’il sait que ce qu’il est est aussi le lieu d’une norme qui le dépasse. Et son refus est total. Le rebelle est celui qui ne cède pas, dédaignant ce qu’on lui fait miroiter : honneurs, intérêts, privilèges, reconnaissance. À la table de jeu, il est celui qui ne joue pas le jeu : l’esprit du temps glisse sur lui comme l’eau sur les canards. Esprit libre, homme libre, il ne met rien au-dessus de la liberté de l’esprit et de la personne. Il est la liberté même. « Est rebelle, quiconque est mis par la loi de sa nature en rapport avec la liberté » (Jünger).

Mais il n’est pas seulement un insoumis. Certes, comme le résistant ou le dissident, le rebelle est la preuve vivante qu’une alternative est toujours possible. Mais sa rébellion n’est pas seulement liée aux circonstances. Elle est d’ordre existentiel. Le rebelle ressent physiquement l’imposture, il la ressent d’instinct. On devient dissident, mais on naît rebelle. Le rebelle est rebelle parce que tout autre mode d’existence lui est impossible. Le résistant cesse de l’être dès qu’il n’a plus les moyens de résister. Le rebelle, même emprisonné, continue d’être un rebelle. C’est pourquoi, s’il peut être perdant, il n’est jamais vaincu. Les rebelles ne peuvent pas toujours changer le monde. Le monde, lui, n’a jamais pu les changer.
Face à un monde pour lequel il n’éprouve que mépris ou dégoût, le rebelle ne peut se satisfaire de l’indifférence, car celle-ci est encore trop proche de la neutralité. Le rebelle est fait pour la lutte, fût-elle sans espoir. Il n’est donc pas un renonçant. Le rebelle s’éprouve comme étranger au monde qu’il habite, mais sans jamais cesser de vouloir l’habiter : il sait qu’on ne peut nager à contre-courant qu’à condition de ne pas quitter le lit du fleuve. Appartenant à cette minorité qui a de tout temps préféré le danger à la servitude, il sait que le respect de soi doit toujours être conquis. Son éloignement, purement intérieur, n’empêche pas le contact, car ce contact est nécessaire à la lutte. Et s’il a « recours aux forêts », ce n’est pas pour s’y réfugier – bien qu’il soit souvent un proscrit -, mais pour y reprendre des forces vives. « La forêt est partout présente, poursuit Jünger. Il existe des forêts au désert comme dans les villes, où le Rebelle vit caché sous le masque de quelque profession. Il existe des forêts dans sa patrie, comme sur tout autre sol où peut se déployer sa résistance. Mais il existe surtout des forêts sur les arrières-mêmes de l’ennemi ».

Le révolutionnaire poursuit un objectif, ce qui n’est pas nécessairement le cas du rebelle. Le rebelle peut aussi bien lutter pour affirmer un style. Il lutte parce qu’il ne peut pas faire autrement que lutter. Le révolutionnaire entend parvenir à un but là où le rebelle incarne avant tout un état d’esprit. Pareillement, le rebelle méprise la surenchère extrémiste et le maniement supposé ravageur des slogans. Il n’est pas de ceux qui se bornent à annoncer l’Apocalypse sans avoir le moindre moyen d’y remédier. Antigone est étrangère au narcissisme de la radicalité.
Par rapport au « cours historique », le rebelle sait en revanche identifier le moment et saisir ce moment. Pour rompre l’encerclement, pour tenter d’introduire un grain de sable dans la machine, il raisonne sur des situations concrètes. Il détermine sa stratégie par rapport à ce qu’il voit se mettre en place sous ses yeux, non par rapport à des modèles dépassés. Le rebelle est avant tout mobile. Il mobilise la pensée et rend cette pensée mobile. Il n’est pas soldat, mais partisan. Il ne mène pas d’opérations régulières, mais lance des coups de main. Il ne se tient pas derrière une ligne de front, mais traverse tous les fronts.
Le rebelle peut être actif ou méditatif, homme de connaissance ou d’action. Sur le plan stratégique, il peut être chêne ou roseau, renard ou lion. Il est des rebelles de toutes les sortes. Dans l’ordre de la pensée, Hugues Rebell, le bien nommé, Georges Darien, Péguy, Bernanos, Orwell furent en leur temps des rebelles, tout comme, à date plus récente, Jack Kerouac, Dominique de Roux, Burroughs, Pasolini, Xavier Grall, Mishima ou Jean Cau. Guy Debord fut un rebelle lui aussi, même si son œuvre fait aujourd’hui l’objet d’une récupération posthume, signe que nous sommes déjà dans l’au-delà du Spectacle. Dans l’ordre de l’action, après tant d’autres « éveilleurs de peuple », on pourrait citer le sous-commandant Marcos qui, sans avoir jamais commis un seul attentat, défend de manière exemplaire les libertés des Indiens du Chiapas. De Robin des Bois aux « zapatistes » : une même lignée !

Il y a toujours eu des rebelles. Mais le monde actuel leur réserve une place toute particulière. À l’époque de la modernité, le rebelle apparaissait très en retrait par rapport au révolutionnaire : il était réputé manquer de claire conscience idéologique, et préférer aux stratégies longuement réfléchies le jeu désordonné des réactions instinctives. Aujourd’hui que la modernité s’achève, il retrouve toute sa place. La mondialisation fait en effet de la Terre un monde sans extérieur, un monde sans autrui, qu’on ne peut plus attaquer à partir d’un au-delà de lui-même. Un tel monde n’est pas tant voué à l’explosion qu’à la dépression implosive. Le rebelle est adapté à ce monde, précisément parce qu’il anime des réseaux et propage ses idées de façon virale. En ce sens, il est lui aussi une figure postmoderne, mais une figure d’opposition. Dans un monde de plus en plus homogène, il est la singularité même. Il est un point opaque dans un monde voué à la transparence totalitaire, un sujet demeuré réel dans un monde d’objets virtuels, un séditieux par excellence dans un monde policé devenu policier. Un étranger qu’on pourrait exclure à bon droit au nom de la lutte contre l’exclusion s’il ne s’était d’emblée exclu lui-même. C’est pourquoi, d’une certaine façon, l’avenir appartient à la pensée rebelle, à cette pensée qui dessine des clivages inédits, esquisse une topographie nouvelle, préfigure un autre monde. Car l’histoire, toujours, demeure ouverte.
Jünger dit encore qu’il appelle Rebelle « celui qui, isolé et privé de sa patrie par la marche de l’univers, se voit livré au néant ». Il écrit aussi : « Lorsqu’un peuple tout entier prépare son recours aux forêts, il devient puissance redoutable ».

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