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Chapitre 7

20 août 2012

                                             

                                         La mutation d’office

Consultant, tu restes en survêtement et on se regroupe le matin à part, bon le sergent nous en met plein la gueule : «  Allez les filles maladives, pas la peine d’en rajouter, vous vous rassemblez devant la semaine de la 4e compagnie et un camion va vous emmener à l’infirmerie de la caserne Brune, rompez les rangs ! »  Nous voilà à sept ou huit en direction du service médical où je vais être agréablement surpris par la qualité des soins. Effectivement, les toubibs sont des aspirants qui ont souvent déjà leur doctorat en médecine, l’équipement à leur disposition rivalise avec celui d’un service des urgences de n’importe quel hôpital et il y a aussi des infirmiers qualifiés. Quand arrive mon tour, le toubib,  il voit tout de suite mes multiples bleus et hématomes et me demande comment j’ai fait ça, je lui répond que j’ai fait une chute à ski car ça fait plus fun qu’avec une luge, ils me font passer toute une série de radiographies  et constatent qu’il n’y a rien de cassé, me gardent l’après midi à  l’hôpital  et me renvoient le soir en me filant un papelard qui m’autorisera à rester dans la piaule le lendemain pour attendre que diminuent mes contusions, résultat : 2 journées de ronflette à la caserne , j’y retournerai sûrement à la consultation.

Retour au garage de la SREM pour la révision hebdomadaire des véhicules, qu’est ce qu’on les entretient ces vieilles guimbardes, pour ça qu’elles durent longtemps ces antiquités mécaniques qui n’ont aucune électronique comparé à nos soi-disant automobiles avancées du 21e siècle qu’on ne peut même pas ni faire une vidange, ni changer une bougie sans aller chez un garagiste, j’y aurai appris la mécanique de base, sur ces vieux moteurs, tout est accessible, de l’huile partout, dans le moteur, dans chacun des ponts, dans la boite de vitesse, dans  le système de changement en 4 roues motrices, des graissages partout apparents avec un point jaune…..Vous dire si on nous renifle de loin les mécanos à l’ordinaire, on pue l’essence , l’huile, on a du cambouis sur la gueule, l’après midi si on n’a rien à foutre,  j’ai toujours un livre que je mets dans la grande poche du pantalon de treillis, on dirait qu’elle est prévue pour ça.

De temps en temps, le juteux nous fait nettoyer les mitrailleuses, les fusils mitrailleurs légers et les douze/sept et les A52 , je deviens un artiste du montage et remontage rapide de ces deux terribles armes à feu d’une puissance terrifiante. C’est un des seuls instants où j’éprouve de l’application, le montage, démontage, huilage, graissage de ses instruments de morts me donne un plaisir morbide sûrement du au fait qu’en tant que chasseur braconnier  ;  j’ai l’habitude de manipuler les armes à feu de petit calibre depuis l’âge de 10 ans, effectivement jeunes gens du 21e siècle lobotomisés par l’idéologie écologiste verdâtre dehors et rouge dedans , les pastèques de chez EELV , les sinistres Mamere Noel, Duflot Eva pas Jolie, vous êtes loin d’imaginer que des gamins de la campagne française du Cantal dans les années 70 possédaient depuis leur enfance des armes à feu que nous allions acheter chez Manufrance accompagnée par notre mère, nous pouvions repartir avec des carabines qui tiraient des petites cartouches à grenailles de plomb 9mm, 12mm ou 14 mm voire des 22 long rifle qui tirent des cartouches à balles à une portée de plus de 2 km et ce sans permis de chasse , il faut dire qu’à l’époque nous les petits adolescents  n’étions pas des délinquants. Nous nous servions de ces carabines que  pour aller tirer des merles dans les bois et jamais il nous serait venu à l’idée de tirer sur notre prochain, la tradition, on nous considérait comme de futurs chasseurs, de même nous péchions le plus souvent sans permis le goujon, le vairon, la truite et de temps en temps allions taquiner la carpe, le sandre et le brochet dans les lacs. Une époque révolue où nous étions libres de vraie liberté , pouvoir se promener dans les champs, les forets à 10 ans en toute sécurité , laisser sa mobylette devant le bistrot sans antivol, se déplacer à vélo sans casque et rouler dans Aurillac en brûlant les feu rouges sans que la maréchaussée vous arrête car à l’époque ils s’occupaient encore des vrais délinquants pas de l’automobiliste qui rentre chez lui le vendredi soir énervé et qui a roulé à 52 km/h au lieu de 50 afin de le racketter pour remplir des caisses de l’état avec de l’argent qu’on reversera à des assistés qui eux peuvent tout casser en toute impunité sans risquer d’être poursuivis étant donné qu’ils occupent des quartiers où les “forces de l’ordre” ne mettent pas les pieds. Ma famille n’était pas assistée du tout, le père turbinait plus de dix heures par jour sans compter le trajet aller retour à vélo pour rejoindre la ferme où il faisait office de valet de ferme, les derniers esclaves des temps modernes avec les salaires les plus bas, pour vous situer en 1975, il devait percevoir 800 francs par mois. Le pater avec l’âge , il avait de plus en plus de mal à regagner son domicile, fallait aller le chercher avec la brouette quand il se faisait tard et qu’il était pas rentré car il turbinait au jinjin 12 degrés, ma mère faisait la boniche chez des employés de banque où des profs, vous savez ceux dont leurs héritiers quand on les questionne de nos jours sur leur origine sociale et qui prétendent provenir de milieu modeste, hé bien leur milieu modeste mes parents allaient turbiner chez eux pour  gagner que dalle et ils s’y faisaient  maltraiter bien pire que chez des châtelains où parfois ma mère allait aussi aider à faire des extras, la cuisine et que dalle les aides scolaires et médicales de toutes sortes distribuées gratuitement pour les descendants de bouseux comme nous qui ont pourtant construit ce pays, bien au contraire, il fallait faire la tournée des magasins de fringues et des papeteries qui accepteraient qu’on les paye à crédit pour chaque rentrée scolaire. Les aides, l’assistante sociale les réservait aux 2 familles d’immigrés qui habitaient le village en priorité car comment pouvaient ils occuper une maison alors qu’aucun ne travaillaient?

De l’exercice, on en fait presque plus, parfois le sergent nous fait faire un footing le matin et là on demanderait  à mes camarades de section d’aller sur la lune en pédalo, ils rechigneraient moins. En définitive je ne me sens pas bien du tout dans cette compagnie de commandement et de service où l’objectif de chacun est d’en faire le moins possible et surtout sur le plan physique tout en léchant le cul un maximum, le pire c’est cette expression que mes collègues s’envoyaient constamment à la figure et que je comprenais pas : «  Berthou si tu t’écrases pas, on va te baiser la gueule », entre eux ça arrêtait pas : lui je vais lui baiser la gueule. En fait ça consistait à se venger ou à accomplir gratuitement un acte envers son semblable appelé du contingent de manière sournoise afin que cela le conduise à le faire punir par son supérieur  , par exemple à un chauffeur poids lourd qui partait en mission, lui enlever de sa trousse de dépannage au dernier moment la manivelle de démarrage, un truc dont on avait toujours besoin avec ces vieux pièges , le pauvre gars en manœuvre dont le gros Simca ne démarrait plus et qui avait besoin de sa manivelle et qui découvrait qu’elle n’était pas dans la trousse de secours se faisait planter une permission  par un gradé derechef. Je ne concevais pas les choses comme ça, je vous ai déjà conté plus avant, je pensais qu’il suffisait de choper le saboteur en seul à seul et de le secouer, lui en mettre une si nécessaire, mais non ! Cette philosophie restait minoritaire chez les planqués et dans un certain contexte les humains se comportent comme des judas rien que pour conserver un statut de privilégié, un peu ce qui se passe dans la fonction publique française pléthorique où chacun est conscient d’être privilégié ne serait ce que par la sécurité d’emploi dans un contexte où un cadre du privé qui se retrouve au chômage à 50 ans n’a plus qu’à se tirer une balle dans la tête, le fonctionnaire bien conscient de son privilège ne peut que faire semblant de se plaindre et se permettre par des gréves fréquentes de continuer à faire jouer avec ses syndicats sa capacité de nuisance en emmerdant par le blocage du pays le reste de la population, celle qui travaille, produit des richesses et non des paperasses et des règlements.

La situation empirait crescendo pour mon matricule dans cette section : «  Le bouseux du Cantal, il est pas fin, il se plie pas à notre règlement du baisage de gueule, parait qu’il a voulu casser la gueule au soutier rien que parce qu’il lui avait dégonflé son pneu de secours », et que les oreilles me sifflaient depuis cette mise au point avec ce jocrisse.

Alors que nous nous trouvions tous au camp de Caylus, un très grand camp de manœuvre situé dans le sud ouest de la France près de Montauban, lors d’une nuit de janvier à tous nous les geler et que nous devions monter la garde à tour de rôle pour surveiller les véhicules et que j’avais fini mes deux heures bien éveillé, je réveillais le 1ere classe Uilé pour qu’il prenne son tour. Durant la garde on était censé garder l’œil ouvert et si l’ennemi (d’une autre compagnie qui jouait ce rôle) s’approchait, le gars de faction devait déclencher les pièges fait avec des grenades au plâtre  ce qui allait foutre un bordel d’enfer et nous mettre tous en état d’alerte maxi. Ce naze de Uilé pionçait ferme et bien sur c’est à ce moment que les autres nous tombaient dessus et nous encerclaient sans coup férir.

Le capitaine qui comme par hasard était là, venait demander à l’adjudant pourquoi le gars de garde n’avait pas tout fait péter, l’adjudant alla s’en enquérir auprès des baiseurs de gueule de cette section qui tous unanimement lui dire que c’était le paysan du Cantal Berthou qui s’était endormi pendant son tour couvrant ainsi leur ami Uilé, vous avez compris amis lecteurs le baisage de gueule, le coupable désigné le capitaine se dirigea direct sur moi pour m’engueuler comme un putois et me sanctionna en me plantant pour ma prochaine perme, ne pouvant supporter cette injustice et comprenant qu’il était inutile de chercher à rétablir la vérité je lui tint ces propos :  « Mon capitaine, cette compagnie de commandement et de service remplis de faux cul, j’en veux plus , je demande ma mutation en compagnie de combat et comme simple soldat de base s’il le faut »

«  S’il n’y a que ça pour te faire plaisir, je vais te faire envoyer à la 3e dés le retour à la caserne et avec eux tu auras pas intérêt à t’endormir pendant les gardes  ! »

Cela surpris beaucoup tous les gars de la SREM qui n’avaient jamais vu un gars à qui il restait 6 mois demander sa mutation vers une compagnie de combat mais j’en avais trop marre de supporter cette ambiance totalement contraire à tout ce que j’avais pu imaginer sur le soi disant esprit de camaraderie entre les soldats appelés du contingent dans un régiment d’infanterie.

Dans la piaule, les persiflages allaient bon train : «  Berthou, t’es encore plus dingue que ce qu’on pensait, la 3e Cie, c’est la pire, ils sont jamais à la caserne et cette compagnie où les gars signent pour 6 mois de plus pour aller au Liban ou au Tchad, on y a mis les plus fêlés et les gradés c’est tous des engagés, il y a même d’anciens légionnaires parmi eux ».

«  Peut être qu’ils chercheront pas à me baiser la gueule ceux là tellement ils sont occupés à crapahuter et à se les geler ! ». Plus un mot, j’avoue que j’ai gambergé toute la nuit…..

Donc , j’étais affecté à la 3e , le pitou il a fait des pieds et des mains pour que la mute se fasse le plus vite possible mais l’armée c’est comme toute les bureaucracraties françaises ainsi je pus bénéficier d’une durée d’une dizaine de jours où j’étais nulle part, je continuais à me pieuter avec la SREM mais les gradés considéraient que je n’étais plus de la CCS, il m’avaient même demandé d’enlever mon passant blanc sur l’épaulette droite, ma consigne donnée par le sergent Oustachu :  «  Tu fais ton packo, tu restes dans la compagnie CCS où tu n’es plus rien, un parasite en stand by et t’attends qu’on te fasse passer ton papelard de mutation en tant que simple 2e classe grenadier voltigeur à la 3e Cie de combat où t’auras l’occasion de faire du sport, parait que tu trouvais que t’en faisais pas assez, tu vas être servi . »

Je bullais entre-temps entre la piaule et le foyer, toute la CCS me regardait avec de grands yeux : c’est le mec qui a osé répondre au capitaine Atershan et l’autre s’est pas fait prier, pfft, direction la 3e, la compagnie des rambos , ça va le calmer et lui faire fermer sa grande gueule. J’étais devenu malgré moi une certaine vedette et plus personne pour me faire chier durant cet intermède mais une anecdote cocasse allait survenir, un vendredi soir alors qu’on commençait à se mettre en civil pour partir en perme, le capitaine décida de se livrer à une revue de véhicule de tout le service SREM avec l’intention de planter tous les chauffeurs dont le véhicule  ne serait pas nickel. Le sergent : «  C’est valable pour toi Berthou, tu présenteras ta jeep, t’es pas encore à la 3! » « Sergent, vous m’avez fait enlever mon passant blanc de la CCS ça veut dire que j’en fais plus partie non plus, non ? » « Remet le et présente ta jeep sinon c’est moi qui te plante ta perme, la 3e a pas reçu ton affectation encore, elle l’aura à ton retour. »

Voilà qu’on est toute la section service ravitaillement essence et munition à 17 heures le vendredi soir au garde à vous chacun devant son véhicule et ça en fait : 3 bus, 1 camion citerne, 5 poids lourds Simca et moi au bout avec ma jeep à attendre le capitaine Atershan , ça fait sur une longue file de 300 m. Atershan qui arrive en pétard visiblement ourdé à zéro titubant mais commence par l’autre bout : «  Qu’est ce c’est que ce bus dégueulasse soldat , vous me le représenterez demain, exécution ! » On est là à se regarder avec le chauffeur Maillosnob , un rombier du Cantal fraîchement arrivé comme moi et on entend le pitaine qui plante tout le monde mais on voit qu’il est visiblement pété à la clé , on se concerte ultra rapidos : « Maillo, tirons nous, tu vois bien qu’il est bourré, il demandera même pas à qui sont les véhicules, tout ce qu’il vient faire c’est planter tous les chauffeurs de la SREM qui seront dans  son champs visuel rétréci, il regarde pas les camions, il voit que les chauffeurs de la SREM et il a décidé de les planter tous un après l’autre après cette histoire de garde sabotée  » .

Dans la vie, il est des instants T où la décision doit se faire instantanée à l’instinct, on s’échange un dernier regard approbateur avant qu’on soit dans la ligne de visée du champ diminué par l’alcool de Atershan et on pique un sprint à la Carl Lewis (le sprinteur de l’époque, jeunes gens fans de Usain Bolt ) direction notre bâtiment, on se frusque civil, nos sacs prêts et fissa direction la gare. On verra bien au retour et même que je vais me prendre une 96 heures avec mon statut en stand by, je joue sur l’incompétence bureaucratique, après tout je dois juste attendre mon affectation et je peux prendre quelques vacances avant d’aller crapahuter velu à la glorieuse 3e Cie de combat.

De retour le mercredi : «  Berthou et Maillo , vous avez un pot de cocu, Atershan n’a même pas été au bout, il a fait 4 véhicules , a gueulé au sergent de planter tous les chauffeurs présents et nous qui sommes restés comme des cons, ils ont relevé nos noms et on a du nettoyer tout le soir les camions et bus et les représenter à Atershan samedi matin, qu’il est même pas venu , que c’est le sergent qui a fait la revue sans nous faire chier et sans vérifier qui était là ou pas, il nous a lâché à 11h. Toi   Berthou , le sergent de semaine te cherche pour te remettre ton affectation, fais ton packo et adieu la CCS, les gars vous avez du bol que personne ne vous ait cafté . »

«  Pour une fois, ça vous change un peu, vous voulez qu’on vous remercie pour ça ? »….No comment.

Je descends à la semaine, c’est le caporal qui me refile un papier sur lequel il y a écrit : le soldat Berthou de la CCS devra se présenter au bureau du capitaine de la 3e Cie jeudi à 13h avec son packo complet. Si j’avais su, j’aurai pris 24 heures de plus.

A  SUIVRE


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