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le peloton des sous off

1 août 2012

le peloton des sous off

Il s agit de la section du peloton des élèves sous off, des caporaux qui au bout de 6 mois effectuaient une formation d un mois à l issue de laquelle ils en ressortait sergent, le balèze au centre c est l adjudant Ballard ,un joueur de rugby très « peshu » à qui j’ai servi de chauffeur et qui a été mon formateur au peloton des caporaux.

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Extrait de « Les décombres » de Lucien Rebatet; ici il se retrouve mobilisé en tant que simple 2e classe chez les chasseurs alpins près de Roman, il décrit très bien (comme me l’avait conté mon père) le « foutoir » et l’incurie du manque de préparation de l’armée française en 1939/40.

Après des heures et des heures où l’on a tourné au hasard, la valise à la main, le reste brinquebalant à l’échine, battant la semelle, toussant, soufflant dans ses doigts, verdissant, bleuissant, au milieu du crassier enfin les appels commencent, qui vont durer sans trêve ni répit cinq jours durant. Ce sont des cérémonies affolantes, hantées de fantômes inlassablement invoqués, avec tous les accents du désespoir et de la rage, une litanie inouïe où se bousculent les
patronymes de Trébizonde avec les sobriquets naïfs de nos vieilles familles, les indicibles baptêmes des farceurs de l’assistance publique, un monologue de Bach dans un phonographe surréaliste :
– Akhanasarian Agop, Akhanasarian Ardzroun, Arsianian Eznig, Kalandarichvilian, Bombetta Pompeone, Djenderedjian, Dupont Louis, Khatchadourian, Kebabdjian, Kenadjian, Caille, Cocu, Kurkjian, Labitte, Perdrix, Cudagne, Katchadourian, Kherumian, Nigogossian Gronic,NigogossianSetrac, Robin Paul, Tutundjan, le caporal Magnat Jules… On demande le
caporal Magnat Jules. Enfin ! qui c’est qui l’a vu au moins une fois, Magnat jules ? Qui c’est comment qu’il est fait, bon Dieu ! ce caporal ?
Le sergent, qui vient des chasseurs et qui a été aussi gendarme, aphone, désespéré, crayonne et additionne pour la quarantième fois ses listes. Il a enfin déniché Papazian Stepane, mais c’est pour reperdre Papazian Sempad. Tout  joyeux, il avait cent six hommes sur cent quatre vingt avant la soupe. Il lui en  faut à cinq heures près de deux cent cinquante, et il n’en retrouve plus que quarante neuf. Autre méchef : il lui reste sur les bras soixante bougres, tout disposés à répondre, mais qui ne sont pas sur l’état. Il faut dire que le G. U. P. est une vraie passoire, et que le fascicule bleu file par tous ses trous. Cinq ou six ingénus, dont je suis, se sont enquis bonnement :
“Où est-ce qu’on nous déguise ?” Mais tous les autres s’esclaffent : “T’es si pressé que ça de te mettre en pierrot ?” Du reste, le garde-mago, mon homonyme, l’excellent sergent Rebatet Joseph, prévient affablement ses clients éventuels : “ Inutile de venir me faire chier, j’ai autre chose à foutre. Et d’abord, je n’ai rien pour vos gueules de lourds ”. A peine a-t-on distribué des
gamelles et des couverts. Les fascicules bleus ne se le font pas dire deux fois. Pas habillé, pas soldat. Autant ça dure, autant ça de pris. Ceux des patelins les plus proches sont déjà
retournés en douceur à la maison. Les autres entrent et sortent sans arrêt. C’est
à travers cent bistrots qu’il faudrait faire l’appel.
Une vaste et débonnaire philosophie anime ces paysans. Entre gens de bourgades voisines, beaucoup se reconnaissent aux portes des baraquements :
– Tiens ! le Gustave ! Et alors ils t’ont donc embauché aussi dans cette entreprise ?
Une grosse poignée de mains calleuses, une bourrade sur l’épaule, et vite on entonne les deux premiers litres de blanc au plus proche café. Pour les villageois, la guerre est d’abord une sortie.
Mais si l’amertume est rare, le zèle est absolument nul. Un unique sujet défraie tous les propos : les visites d’incorporation qui vont bientôt suivre, et les chances que l’on a de dégoûter les toubibs. Tous les maux humains sont inventoriés, soupesés, et leur valeur à la bourse de la réforme débattue sans fin.
Ce sont des maquignons qui flairent et tâtent leur propre viande, en discutent le prix avec de longs détours.
– Moi, j’ai de l’emphysème. Si je passais à Valence, avec les certificats que je peux leur y montrer, j’aurais la réforme à tous les coups.
– Moi, j’ai un cal osseux à un bras que je me suis cassé. Ça vaut au moins le changement d’armes.
– C’est toujours ça de gagné. Dis donc, moi j’ai une bath éventration. Ça m’empêche pas dans mon travail, je suis regrolleur à Villeurbanne. S’ils pouvaient me filer sur les C.O.A. de Lyon ?
– Moi, j’ai une fistule qui suppure depuis l’année dernière. Avec ça, dans l’active, on était sûr d’y couper.
– Moi je suis auxiliaire, à cause que j’ai les pieds plats, et pour la vue. Et puis j’ai aussi de l’insuffisance thoracique et un ulcère de l’estomac. Avec ça j’ai pas à m’en faire…
– Pas à t’en faire ? C’est à voir. A Grenoble, j’ai le beau-frère à ma femme qui a passé l’autre semaine. Ils en ont pris dans l’auxiliaire avec des ulcères, des types qui avaient des radios et qui pesaient pas cinquante kilos.
– C’est tout de même malheureux à voir des choses pareilles. On est toujours les cons. On devrait être au courant des droits qu’on a.
– Des droits ? T’as ceux qu’y te donnent. Non, ce qu’y faut, c’est avoir un cas à faire valoir. Ainsi moi, j’ai eu une pleurésie purulente. On m’a scié une côte. J’ai le poumon gâté et de la bronchite chronique. Ça, tu comprends, c’est un cas.
– Oui, il a raison, s’écrie-t-on en le félicitant. Il faut faire valoir son cas.
C’est comme moi…
Devant cet hôpital, je me crois tenu de dire :
– Moi, je n’ai pas d’illusion, je suis bon comme la romaine. Je n’ai pas été malade depuis l’âge de quatorze ans et je fais le poids. Ils hochent la tète en regrettant cordialement ma malchance.
– Évidemment, si tu n’as pas de cas à faire valoir…
J’ai cependant trouvé un véritable convaincu, C’est mon ami Argoud, un riche paysan des environs de Valence. Nous avons franchi ensemble le portail chancelant de notre G.U.P., et nous voilà déjà très solidement liés. Nous sommes allés dîner ensemble dans un bouchon avec un de ses voisins. Argoud a une physionomie vive. Il raisonne avec sel de l’armée et du funeste Front
Populaire ; J’approuve vigoureusement en chargeant la juiverie. Argoud riposte
sur le champ, l’air fort scandalisé :
– Oh ! mais tu parles comme Ferdonnet, toi ! C’est de l’hitlérisme. Moi, je suis catholique pratiquant, mais je suis contre la haine religieuse. Ça n’est pas vrai que les Juifs ont voulu la guerre. C’est Hitler qui dit ça pour faire marcher tes nazis. Nous faisons la guerre pour détruire la barbarie fasciste. C’est la défense de la civilisation chrétienne. C’est une guerre sainte, il faut vaincre ou mourir. Nous ne sommes pas des soldats, nous sommes des croisés. Il ne faut
pas s’arrêter avant d’avoir écrasé la tête à l’hydre nazie. Argoud frappe sur la table. Ses yeux étincellent. Il a évidemment été catéchisé par quelque abbé chrétien démocrate, ce qui est assez extraordinaire pour un Dauphinois. Voilà du moins un Alpin qui sait pourquoi il se battra.
Inutile d’insister. Je ne veux point ébranler une aussi magnifique résolution. Nous dépêchons notre beefsteak aux pommes dans un silence un peuembarrassé. Pour rompre les chiens, le voisin, que la civilisation chrétienne n’empêche point de dormir, expose son cas de réforme, qu’il estime décisif.
Aussitôt, le croisé Argoud manifeste un intérêt extrême, et renchérit, très fier :
– Ah ! moi, j’ai mieux que ça. J’ai un varicocèle et des traces d’albumine. Je suis déjà auxiliaire. Je vais bien tâcher moyen d’attraper la réforme. Surtout qu’avec ce qu’on est en train de licher, ça serait bien malheureux si je ne faisais pas une double dose à la visite. Ça, pour sûr, je saurai faire valoir mon cas comme il faut. Je n’esquisse même pas un sourire. Aucune ironie ne saurait atteindre le brave Argoud. Il est d’une complète ingénuité………………..

 

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